, Dzerjinski, dirigeant de la Tcheka et artisan zélé de la Terreur

Publié le par Bernard Gasnot

Les Bolcheviques se sentent menacés durant l'été 1918 par les Blancs qui ont réduit à la portion congrue les territoires sous domination communiste. Dans ces territoires soviétiques, les révoltes des koulaks rétifs aux réquisitions et à la conscription sont nombreuses ; la Tcheka n'hésite pas à tirer sur les manifestants qui gagnent les villes.

Lénine fait l'amalgame entre ces révoltes et les actions "contre-révolutionnaires". En conséquence, il réclame une extrême sévérité : "Il faut agir résolument : perquisitions massives. Exécution pour port d'arme. Déportations massives des mencheviks et autres éléments suspects". Dans un télégramme daté du lendemain, il précise la méthode préconisée : "Il faut faire un exemple. Pendre (et je dis pendre de façon que les gens le voient) pas moins de 100 koulaks, richards, buveurs de sang connus". Dans la ville d’Iaroslavl, après 15 jours d'insurrection, les Bolcheviks font exécuter 428 personnes.

Or ces révoltes sont très majoritairement spontanées.

Avant même la date de la mise en œuvre officielle de la terreur le 3 septembre, les dirigeants bolcheviques préconisent des mesures radicales. Dzerjinski, dirigeant de la Tchéka, propose la prise d'otage et "l'arrestation et l'enfermement de tous les otages et suspects dans des camps de concentration". Autre étape dans la mise en œuvre d'une politique de terreur, l'arrestation dès le 15 août des principaux dirigeants du parti menchevik -Martov, Dan, Potressov, Goldman- dont la presse avait déjà été réduite au silence et les représentants chassés des soviets.

Le 30 août, Lénine échappe à un attentat. Fanny Kaplan, militante anarchiste est accusée et exécutée sans jugement 72 heures après. Quelques jours plus tard, Petrovski, commissaire du peuple à l'intérieur, encourage les exécutions : "Il est grand temps de mettre fin à toute cette mollesse et à cette sentimentalité."

Pour N. Werth, la terreur ainsi mise en place "était l'exutoire naturel d'une haine presque abstraite que nourrissaient la plupart des dirigeants bolcheviques envers les "oppresseurs" qu'ils étaient prêts à liquider, non pas individuellement, mais "en tant que classe"".

Zinoviev écrit par exemple en septembre 1918 : "Nous devons entraîner à nos côtés disons quatre-vingt-dix des cent millions d'habitants de la Russie soviétique. Quant aux autres, nous n'avons rien à leur dire. Ils doivent être anéantis".

Le 5 septembre, un décret officiel légalise la terreur. Les exécutions s'accélèrent : "de source tchékiste, huit cents personnes auraient été exécutées au cours du mois de septembre 1918 à Petrograd. Rien qu'à Kronstadt, en une seule nuit, 400 personnes furent fusillées". Des centaines d'exécutions ont lieu dans les prisons de Moscou.

Le journal de Dzerjinski tient le compte des exactions. La tchéka d'Ivano-Voznessensk annonce la prise de 181 otages, l'exécution de 25 contre-révolutionnaires" et la création d'un "camp de concentration de 1000 places". Pour l'assassinat d'un tchékiste, 152 "Gardes blancs" ont été exécutés.

Le bilan de cette première phase de terreur rouge durant les mois de septembre et octobre 1918 est supérieur à 10-15 000 morts. Entre 1827 et 1917, pendant la période tsariste, il y eut 6 321 condamnations dont 1 310 à mort en 1906, après la révolution de 1905. "En quelques semaines, la Tcheka à elle seule a exécuté deux à trois fois plus de personnes que l'Empire tsariste n'en avait condamné à mort en quatre-vingt-douze ans et qui, condamnées à l'issue de procédures légales, n'avaient pas toutes été exécutées, une bonne partie des sentences ayant été commuées en peines de travaux forcés".

L'omnipotence de la Tcheka fut discutée en octobre au comité central avant que l'intervention de Lénine ne mette fin au débat. Les pouvoirs de la Tcheka furent même étendus par la suite.

Nuit du 16 au 17 juillet 1918, Iékaterinbourg

"Quand le groupe entra, je dis aux Romanov que compte tenu du fait que leur famille poursuivait ses attaques contre la Russie soviétique, le Comité exécutif du Soviet de l'Oural avait décidé de les fusiller. Nicolas tourna le dos au peloton et se plaça en face de sa famille. Puis, comme s'il tentait de reprendre ses esprit, il se retourna en demandant : « Quoi ? Quoi ? » . Je répétai rapidement ce que j'avais dit et ordonnai au peloton de se préparer. Auparavant on avait dit à ces soldats qui fusiller et ordonné de viser droit au cœur pour éviter une grande effusion de sang et pour en finir plus vite. Nicolas n'ajouta rien. Il se tourna à nouveau vers sa famille. Les autres poussèrent quelques exclamations incohérentes. Toute la scène dura quelques secondes. Puis le tir commença qui se poursuivit pendant deux ou trois minute.

Je tuai Nicolas sur le coup."

On sait, par des témoins oculaires, que l'impératrice et l'une de ses filles eurent tout juste le temps de se signer : elles aussi moururent instantanément. La fusillade se fit désordonnée comme les gardes vidaient leurs revolvers : selon Yourovsky, les balles ricochant sur les murs et sur le sol volaient à travers la pièce comme de la grêle. Les jeunes filles hurlaient. Frappé par les balles, Alexis tomba de sa chaise.

Kharitonov s'assit et mourut. La tâche n'était pas facile. Yourovsky avait attribué une victime à chacun des membres du peloton d'exécution et ils devaient viser droit au cœur. Pourtant six des victimes - Alexis, trois des jeunes filles, Demidova et Botkine - étaient encore vivantes lorsque les salves s'arrêtèrent. Alexis gisait, râlant, dans une mare de sang. Yourovsky l'acheva de deux balles dans la tête ; Demidova opposa une défense acharnée avec ses oreillers dont l'un contenait la boîte de métal, mais elle finit par tomber elle aussi, transpercée de plusieurs coups de baïonnette. « Lorsqu'on frappa au cœur l'une des jeunes filles, la baïonnette ne parvint pas à transpercer le corset », se plaignit Yourovsky

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