Comment le fisc américain poursuit des milliers de Français

Publié le par Bernard Gasnot

Le fisc américain est en mesure de réclamer le paiement d’impôts aux Etats-Unis à tout citoyen américain. C’est à dire à toute personne née aux Etats-Unis, même si elle n’y a séjourné que quelques mois. Des Français, américains malgré eux, s’insurgent contre cette situation

Fabien est né aux Etats-Unis, mais n’y a séjourné que quelques mois, son père français revenant en France à la suite d’une séparation. A presque 30 ans, Fabien se considère simplement comme Français, n’ayant quasiment jamais mis les pieds Outre-Atlantique.

Mais rien n’y fait: pour les autorités américaines, Fabien est citoyen américain. Né par accident aux Etats-Unis, il fait donc partie de ce qu’il appelle les « Américains accidentaux ». C’est assez méconnu, mais le seul fait d’être né sur le territoire des Etats-Unis fait de vous un citoyen américain. Rien à voir avec le droit européen. Avec toutes les conséquences que cela peut comporter. Notamment en matière fiscale: tout citoyen américain, quelle que soit sa résidence dans le monde, est sensé payer ses impôts aux Etats-Unis.

Jusqu’à une date récente, ce principe avait peu d’importance, pour Fabien et des centaines, voire des milliers d’autres Français si peu américains (il n’existe pas de chiffrage précis). Car le fisc américain ne se préoccupait pas outre mesure des revenus de citoyens, ayant très peu de lien avec leur terre natale.

Les banques du monde entier soumises à l’administration américaine

Mais l’administration américaine, en mal de recettes fiscales, a décidé qu’il devait en être autrement. Avec l’instauration de Fatca (Foreign Account Tax Compliance Act), elle a impliqué les banques du monde entier dans la chasse à ceux qu’elle considère comme des évadés fiscaux en puissance. Pour résumer, une banque, où qu’elle se situe, doit se conformer aux desiderata des autorités des Etats-Unis en matière d’information sur tous ses clients citoyens américains, ou payer une retenue à la source de 30% sur ses activités Outre Atlantique.

Bien sûr, la plupart des grandes banques, qui ne peuvent se passer du marché américain, choisissent de coopérer, c’est à dire d’informer les autorités américaines sur les mouvements de comptes concernant leurs clients « US ». Mais les exigences sont si lourdes en matière d’informations que certaines banques, françaises, notamment, ont résolu le problème simplement: elles excluent tout citoyen américain. C’est le cas de la banque en ligne Boursorama, par exemple, filiale de la Société Générale: tout client potentiel voulant ouvrir un compte auprès de Boursorama se voit demandé s’il est citoyen américain. Si c’est le cas, la procédure d’ouverture du compte prend immédiatement fin.

Imposé aux Etats-Unis

Et ce n’est pas tout, puisque chaque citoyen américain est censé payer des impôts aux États-Unis, quel que soit son lieu de résidence. Ce principe est contraire à celui de la plupart des administrations fiscales, qui entendent imposer seulement les résidents. Si un citoyen français vit en Suisse toute l’année, s’il y concentre ses activités économiques, il ne sera pas imposé en France. C’est bien pour cela que des centaines de riches s’installent en Suisse ou en Belgique.

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