Comment la FED a aidé à financer la première guerre mondiale

Publié le par Bernard Gasnot

rien n'est fortuit et pour cette guerre tout a ete voulu par les etats-unis comme la 2 eme guerre mondiale

Les gouvernements ont la possibilité de payer leurs factures de trois manières différentes : par les impôts, la dette et l’inflation. Le peuple est généralement conscient des deux premiers parce qu’elles sont difficiles à camoufler. Mais le troisième mode de paiement tend à passer inaperçu aux yeux du grand public parce qu’il implique une réduction lente et subtile du pouvoir d’achat de la monnaie ainsi qu’une politique généralement complexe.

Dans cet article, est le rôle de la Réserve Fédérale pendant la première guerre mondiale et expliquer quels instruments et leviers ont été utilisés par les autorités monétaires pour réduire la valeur de la monnaie publique afin de financer les dépenses de guerre. Cet exemple va aider les lecteurs à mieux comprendre l’idée plus générale d’un « impôt par l’inflation » et comment une telle taxe pourrait être utilisée dans le futur pour financer les conflits.

C’est le monopole du gouvernement sur l’offre de monnaie qui lui permet de se servir de l’inflation comme source de revenus. Les souverains, en réduisant secrètement la quantité d’or incluse dans les pièces de monnaie émises au public, pouvaient récupérer l’or et avec ce dernier avoir les moyens de financer leurs conquêtes. Peu à peu le public se rendait compte que les pièces étaient adultérées et qu’elles contenaient moins d’or qu’indiqué sur leur face. Leur valeur baissait et les pièces détenues par le public supportaient le coût de cette perte de pouvoir d’achat.

Les lois sur les monnaies à cours forcé adoptées par les gouvernements ont empêché le public d’échanger les mauvaises pièces contre une valeur moindre que leur valeur faciale. Une baisse de leur pouvoir d’achat supprimerait une source de revenus significative : la possibilité pour le gouvernement d’émettre de mauvaises pièces à un niveau de valeur élevé.

L’usage de la force pour subventionner une pièce de monnaie d’une valeur inférieure à sa valeur faciale a réduit son attractivité et sa capacité à se procurer un détenteur. L’usage de la force a corrompu la valeur des informations contenues que sont les prix et a diminué la confiance du public envers la monnaie. Ce déclin de l’efficacité du système monétaire en raison de l’adoption d’une mauvaise monnaie et de la mise en place de lois en faveur d’une monnaie à cours forcé constitue a un coût supporté par le public qui utilise cette monnaie.

Tandis que les rois adultéraient leurs pièces de monnaie pour aider au financement des guerres qu’ils menaient, la Réserve Fédérale a utilisé l’inflation pour aider à financer sa participation à la première guerre mondiale. Elle l’a fait en créant et en émettant des dollars en échange de la dette émise par le gouvernement. En fait, l’actif du bilan de la Fed s’est transformé en un déversoir pour obligations de financement de la guerre. De plus, la Fed a acheté cette dette comptabilisée dans son bilan à un cours plus élevé que le marché ne l’aurait absorbé, et sa participation au financement de la guerre représente donc une subvention supportée par tous ceux qui détiennent de la monnaie dont le pouvoir d’achat décline.

Avant d’expliquer comment fonctionne ce processus, il est nécessaire de connaître un certain nombre de choses sur la Fed. L’institution a commencé ses opérations en 1914 sur le principe des « real bills » [effets de commerce]. Les banques membres ont pu emprunter du liquide à la Fed, mais uniquement en soumettant des « effets de commerce » en tant que garantie.

Ces billets à ordre étaient des instruments à court terme créés par les organisations commerciales pour aider au financement de leurs opérations courantes. Les billets étaient garantis par les inventaires/stocks des entreprises émettrices, c’est là l’élément « réel » du billet à ordre. En discomptant ou en prêtant du liquide aux banques sur la base de billets à ordre, la Fed a pu augmenter l’offre monétaire.

A l’origine, la section 16 de la Loi sur la Réserve Fédérale exigeait que tous les billets en circulation émis par la banque centrale soient couverts à 100% par des billets à ordre. En plus de cela, la Fed devait détenir 40% de ses réserves en or. A cette époque-là, les billets de la Fed étaient convertibles en or et les 40% de réserves détenues en or constituaient une sécurité additionnelle. Ainsi, pour chaque dollar de dette émis, la Fed devait virtuellement détenir 140% de réserves dans ses coffres, 1 dollar en billet à ordre et 40 cents en or à l’actif de son bilan.

Il était également permis à la Fed de s’engager dans les achats d’obligations du gouvernement et de créances bancaires sur le marché libre. Mais la dette gouvernementale n’était pas de nature commerciale et donc n’était pas considérée comme un véritable billet à ordre. Et comme le taux de 100% de couverture ne pouvait être atteint pour les billets émis en contrepartie de la part de la dette gouvernementale détenue par la Fed, la Fed ne pouvait émettre qu’un nombre limité de billets pour financer la dette avant de se confronter à l’exigence qu’était celle de la couverture à 100%.

Ainsi, la doctrine des billets à ordre telle que le prévoyait la loi sur la Réserve Fédérale limitait de manière significative le fait que l’actif du bilan de la Fed ne serve de réceptacle pour l’accumulation de la dette gouvernementale et de reconnaissances de dettes. Pour soutenir le financement de la guerre dans laquelle il était entré en avril 1917, le gouvernement américain devait ouvrir l’actif du bilan de la Fed à la dette de guerre du Trésor américain.

« Pour aider au financement de la guerre, le gouvernement américain devait ouvrir le bilan de la Fed aux dettes de guerre du Trésor ».

Un pas important a été réalisé en juin 1917 avec la relaxe de la double exigence de 100% de billets à ordre et de 40% d’or pour chaque dollar émis. Un petit changement de la Section 16 indiquant que 40% de réserves d’or pouvaient être simultanément remplacées par 40% de billets à ordre.

Au lieu de détenir 1.40$ d’actifs pour chaque dollar émis (1,00$ en billets à ordre et 40 cents en or), la Fed n’avait plus besoin que de détenir 1$ comprenant 40 cents en or et 60 cents en billets à ordre. Le montant important de garanties ainsi dégagées servirait à l’émission de nouveaux billets. L’ajout en 1916 de la Section 13.8 à la loi sur la Réserve Fédérale a constitué un pas important permettant à la Fed de financer l’effort de guerre. Ce changement a permis à la Fed d’accorder pour la première fois des prêts à des banques avec la dette gouvernementale comme garantie. Mais une telle garantie n’était pas considérée comme un véritable billet à ordre et n’était donc pas éligible pour contribuer aux 100% de couverture requis pour chaque dollar émis.

Ainsi, alors que les emprunts sur la dette gouvernementale étaient autorisés, leur quantité était largement limitée. S’il y avait un peu de mou concernant les billets à ordre détenus en excès par la Fed couvrant le billet d’un dollar nouvellement émis, alors, selon la section 13.8, un crédit pourrait être octroyé.

Les Etats-Unis se préparant à la guerre, le Président Woodrow Wilson annonçait en avril 1917 la campagne de lancement des premières obligations de financement de la guerre ou « obligations de la Liberté ». Pour aider au lancement de ces obligations de guerre, un autre changement légal avait eu lieu pour permettre l’acceptation dans le bilan de la Fed de la dette gouvernementale. La section 13.8 permettait maintenant aux crédits de servir, au même titre que les effets de commerce et l’or, en tant qu’actifs de garantie pour l’émission des billets de monnaie de la Réserve Fédérale.

Ainsi, on pouvait maintenant satisfaire à l’exigence de 60% de couverture “réelle” non seulement au moyen d’effets de commerce mais aussi au moyen de papiers « virtuels » de la dette gouvernementale. La Fed n’était dès lors plus confrontée à aucune exigence de couverture et pouvait ainsi introduire la dette gouvernementale sans dans son bilan pour augmenter l’émission de papier-monnaie.

La possibilité de prêter avec comme garantie la dette gouvernementale a été renforcée par l’adoption par la Fed d’un taux d’escompte préférentiel sur tous les crédits garantis par les Obligations de la Liberté. Ce taux a été fixé à 3%, soit un pourcent en dessous du taux habituel.

Selon Fishe, les banques membres pouvaient ainsi réaliser un profit sur la marge en achetant les bonds de la Liberté à 3,5% lors de la mise sur le marché des obligations du gouvernement et ensuite financer ces achats en présentant ces obligations à la Fed pour obtenir un crédit au taux préférentiel de 3%. « Si les banques membres souscrivaient aux émissions de la totalité des obligations de la Liberté par cette méthode…elles réalisaient un gain de 410 958 $ net d’impôts tous les 15 jours. » écrit Fishe.

Ces changements ont eu pour résultat immédiat un allongement massif du bilan de la Fed, fondé pratiquement uniquement par les crédits de la Fed à ses banques membres et garantis par la dette gouvernementale. Cela est facilement observable dans notre graphique ci-dessus. Le composant escomptes/avances des actifs de la Réserve Fédérale s’est rapidement accru en 1917. En 1919, les escomptes garantis par les obligations du gouvernement représentaient pratiquement 100% de tous les escomptes réalisés (comme le montre le bas du graphique). Les garanties données avant ces changements étaient avant tout des dettes privées.

Les modifications qui ont libéré la Fed de l’exigence de garanties permettaient maintenant au bilan de la Fed de fonctionner comme un « réceptacle » très efficace en faveur de l’accumulation de la dette gouvernementale. Le Trésor ne dépendait plus du bon-vouloir des individus privés et des banques pour intégrer la dette gouvernementale dans leurs bilans respectifs, il disposait maintenant du bilan de la Fed comme débouché sur lequel il pouvait compter.

«En 1920, un dollar permettait d’acheter seulement la moitié des biens qu’il permettait d’acheter en 1914 ».

De plus, en surévaluant les garanties des dettes gouvernementales par un taux d’escompte préférentiel, la Fed a créé un système d’incitation qui a encouragé le secteur privé à utiliser la Fed comme « déversoir ». Les investisseurs privés pouvaient acquérir les obligations de la Liberté, puis les soumettre à la Fed pour obtenir des crédits à taux réduits.

Le Trésor US était ravi de ce mécanisme parce que cela signifiait que les campagnes d’émission des obligations de la Liberté auraient toujours une demande significative de la part des investisseurs. La nécessité de détourner les investisseurs du secteur des obligations privées au moyen d’un gain attractif (un taux facial élevé) était évitée.

Le Trésor pouvait alors narguer la concurrence en utilisant la Fed pour fournir des crédits subventionnés par un taux préférentiel.

Le résultat de toutes ces machinations a été une inflation importante variant entre 13 et 20% pendant la plus grande partie de la guerre comparé au taux de 1% d’inflation de la première année d’existence de la Fed. En 1920, le dollar avait un pouvoir d’achat inférieur de 50% à celui du dollar d’avant-guerre.

Pour résumer, en surévaluant la dette gouvernementale, la Fed a été capable d’émettre de la monnaie à un rythme plus élevé que cela n’aurait été le cas autrement. Le secteur privé, attiré par la carotte qu’était le taux d’escompte réduit, s’est tourné vers la Fed pour obtenir de la liquidité, mais le secteur n’avait pas de demande réelle à long terme pour ces dollars et a essayé de s’en débarrasser, ce qui a résulté en une chute de la valeur du dollar.

Au même moment, en surévaluant les garanties gouvernementales qu’elle attirait dans son bilan, la Fed réduisait la qualité de ses propres actifs. Les banquiers et investisseurs qui observaient de telles statistiques devenaient de plus en plus inquiets et vendaient leurs dollars en échange de bien ayant une valeur plus digne de confiance.

De cette manière, une bonne portion des coûts de la guerre étaient payés par tout un chacun détenant des dollars dont le pouvoir d’achat était à la baisse. Et en effet, Friedmann et Schwartz estiment que 5% des coûts de la guerre ont été financés par l’inflation de la Fed.

En élargissant le bilan de la Fed et en lui permettant d’accepter des dettes (obligations) gouvernementales, l’Etat s’était assuré de pouvoir financer la guerre via l’inflation. Une banque centrale indépendante, telle qu’établie dans les années 1950, n’a réussi que partiellement à réduire la possibilité pour le Trésor d’utiliser la Fed pour subventionner ses guerres. Ce n’est qu’en retirant complètement le monopole sur la monnaie de la Réserve Fédérale et en introduisant un choix et une compétition entre les monnaies que ce lien funeste pourra être strictement contrôlé.

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