D'Ernestito au CHE

Publié le par Bernard Gasnot

Enfant de la petite bourgeoisie aisée, un père, Ernesto, constructeur civil, une mère, Célia, cultivée, imprégnée de littérature française. Ernesto Guevara de la Serna est né le 14 juin 1928 à Rosario de la Fé, en Argentine. Ce petit-fils d'un chercheur d'or en Californie et descendant du vice-roi du Mexique est celui que l'histoire retiendra comme "el Che".

Vaincre l'asthme

Bien né et bien entouré, à deux ans le destin frappe pourtant celui que sa mère appelle Ernestito: l'enfant contacte une pneumonie parce qu'un matin de mai 1930 sa mère le baigne dans les eaux froides d'un rio. L'asthme qui se greffe sur cet épisode va constituer un terrible handicap qui conditionnera sa propre vie et celle de son entourage. Pendant quelques années, dans la recherche d'un climat salvateur, ses parents se font nomades avant de se fixer près de Cordora, à Alta Garcia, au pied de la cordillère des Andes.

Mais l'asthme de l'enfant est particulièrement tenace. De crise en crise, Ernestito dépérit. Alors perdu pour perdu, il est décidé de le mettre en liberté, tel un oiseau, à qui l'on ouvre la porte de sa cage. Le Che en herbe, jusque-là confiné dans l'air de sa chambre, découvre l'extérieur, la nature, racontera plus tard sa soeur Anna-Maria. Comme pour conjurer le destin, le jeune garçon va pratiquer l'exercice physique intense, notamment la nage et le football.

Rapidement, le gamin malingre, jusqu'alors réfugié dans les livres, devient un garçon endurant, au physique solide, qui gambade dans la nature et peut enfin partager les jeux des petits indiens des environs. Et, déjà, à neuf ans, l'inégalité sociale le bouleverse et le hérisse. Les conditions de vie de ses compagnons de jeux sont plus que misérables. Les familles indiennes s'entassent à dix dans une seule pièce et les enfants glissent du papier journal sous leurs maigres hardes pour se prémunir du froid. Ernestito les fait souvent venir chez lui. Nous sommes en 1937. Ernesto père forme un Comité de soutien à la République espagnole. Ernestito, quant à lui, transforme la maison familiale en casa del pueblo ("maison du peuple").

Le sportif et l'intellectuel

À 14 ans, il décide de jouer au rugby et demande à Alberto Granado, frère de son camarade de collège Thomas et son aîné de 6 ans, de lui en enseigner les rudiments. Une nouvelle qui catastrophe littéralement ses parents : non seulement cet enfant obstiné décide de conjurer ses déficiences physiques en choisissant un sport violent, mais il faudra désormais l'accompagner aux matchs avec de la ventoline à portée de main en cas de crise d'asthme.

Outre le rugby et la natation, la pelote basque et l'athlétisme, Ernesto aime le tennis et le golf. Quand il ne fait pas de sport, il joue aux échecs, un exercice intellectuel qu'il prisera toute sa vie. À 15 ans, esprit sain dans un corps sain, il rétorque à l'ami Alberto tout juste sorti d'un séjour en prison après avoir participé à une manifestation d'étudiants : "Descendre dans la rue pour me faire tabasser... Moi, si on me donne pas un flingue, je ne marche pas..."

Sportif accompli, l'adolescent Ernesto n'en demeure pas moins ce qu'il a toujours été : un passionné de lecture. Ses intérêts vont de Freud à Kipling, de Baudelaire à Shakespeare, de Garcia Lorca à Sophocle. D'une sensibilité à fleur de peau, il écrit très jeune des poèmes et gardera toujours le goût de la poésie, en même temps celui de l'écriture. À 17 ans, il rédige un traité de philosophie inspiré de Voltaire. Vers la même époque, il entame un journal intime qui ne le quittera plus.

Peut-être pour ce soigné, plus probablement pour soulager son prochain, Ernesto décide, au début de l'année 1947, de devenir médecin. Même si l'université qu'il préfère est la rue ou les champs où travaillent les paysans, il monte à Buenos Aires poursuivre ses études. Bientôt, l'occasion lui est donnée de découvrir la pratique sur le terrain. Alberto Granado, frais diplômé de médecine, à qui le lie maintenant une réelle amitié, lui propose de le rejoindre pendant ses vacances à la léproserie où il travaille, à San Francisco del Chanar, dans la cordillère. L'été 1948, Ernesto bricole un moteur sur son vélo et part rejoindre son ami, à quelques 800 kms de la capitale. Un premier voyage qui sonne rétrospectivement comme un prélude.

Sur les chemins de la maturité

À 23 ans, Ernesto s'embarque pour un projet plus ambitieux avec Alberto Granado : un voyage de sept mois et de près de 10 000 km en Amérique Latine. Au vrai, les deux amis se sont longtemps interrogés sur leur destination. Ils ont d'abord pensé à la vieille Europe, dont la culture les fascine. Mais les grandes civilisations précolombiennes attirent aussi Ernesto comme un aimant, comme la source et le fondement de sa propre culture.

Le 29 décembre 1951, les compères partent de Cordoba, au centre de l'Argentine, sur la Poderosa II (la "Vigoureuse"). Ce voyage à travers le cône sud-américain prend avec le recul une valeur symbolique : il a lieu exactement au moment où s'éteignent les révolutions dites traditionnelles, commencées en 1819, et où sont sur le point d'allumer celles initiées par Fidel Castro. Ernesto tient un journal qu'il publiera sous le titre Notas de viaje, dans lequel il consigne ses observations sur les indiens, les paysans et les ouvriers opprimés.

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