Tesla et Edison La Guerre des courants

Publié le par Bernard Gasnot

On retrouve Tesla et Edison à la fin des années 1880, lors de la « guerre des courants », un épisode de l’histoire industrielle mondiale pendant lequel deux formats se sont retrouvés en compétition pour l’alimentation des foyers en courant électrique : le courant continu, promu par Thomas Edison, et le courant alternatif, promu par son concurrent George Westinghouse, avec qui collaborait étroitement Nikola Tesla. La plupart des acteurs du domaine, notamment en Europe, penchaient pour le courant alternatif, car le courant continu imposait une distance très courte entre le producteur d’énergie et ses consommateurs : il aurait fallu une centrale électrique tous les deux kilomètres, ce qui rendait la technologie totalement inadaptée aux lieux de faible densité, notamment. Cette bataille acharnée a amené Edison et Westinghouse au bord de la faillite. Edison préférait la victoire d’un mauvais système breveté par lui-même que celle d’un bon système qui appartenait à un autre, au contraire de Tesla qui a tout simplement abandonné ses brevets à Westinghouse pour que ce dernier puisse survivre à cette bataille industrielle.
C’est ici qu’Edison montre sa face sombre : une grande partie de l’opinion scientifique et politique était contre lui, il a donc décidé — comme le font aujourd’hui Monsanto, Exxon, Philips Morris, etc. — de s’en tenir à convaincre l’opinion publique américaine puisque c’est ce qui se déciderait aux États-Unis qui deviendrait le standard mondial.

William Kemmler, premier homme à être exécuté sur la chaise électrique, en 1890, pour avoir assassiné sa concubine à l’aide d’une hache. Ses avocats avaient fait appel au prétexte que cette manière de donner la mort était cruelle et inhabituelle. George Westinghouse, le principal promoteur du courant alternatif, utilisé pour la chaise électrique, s’était publiquement opposé à cette exécution qui a pourtant bien eu lieu, sans doute grâce à l’appui de Thomas Edison qui voyait là un excellent moyen pour discréditer le courant alternatif et convaincre le public qu’il était dangereux.

Edison s’est lancé dans ce qui ressemble à une campagne de terreur, avec un mot d’ordre simple : le courant alternatif est dangereux, il tue. En fait, si il faut effectivement un ampérage plus important à du courant continu pour être potentiellement mortel, les deux types de courant peuvent tuer.

Pour démontrer la létalité du courant alternatif, Thomas Edison a électrocuté une grande quantité d’animaux et on dit que les chats et les chiens des voisins de ses laboratoires avaient tendance à disparaître mystérieusement. C’est pour marquer l’esprit du public qu’Edison a demandé à ses employés Harold Brown et Arthur Kennely d’utiliser le courant alternatif pour leur invention, la chaise électrique. En 1881, l’État de New York avait lancé un appel d’offres pour trouver un moyen d’exécution à mort plus humain que la pendaison. Edison, qui avait généralement l’habitude de signer les brevets des inventions de ses employés, a préféré faire le contraire, cette fois, et laisser Brown et Kennely breveter l’invention : il refusait de voir son nom associé à un outil destiné à tuer. En 1892, voyant que le combat du courant continu était perdu, Edison a commencé à investir dans le courant alternatif qu’il avait si ardemment combattu, mais il n’a pas abandonné sa campagne contre ses concurrents. Il a notamment tenté de populariser le verbe « westinghouser » pour dire « électrocuter ».

Le prix Nobel

En 1915, une rumeur lancée par l’agence Reuters a affirmé que le Prix Nobel de physique allait être remis conjointement à Edison et à Tesla. Le prix a finalement été remis à William Henri Bragg et à son fils William Lawrence Bragg pour leurs travaux sur l’étude de la structure des cristaux. Une seconde rumeur a alors affirmé que le comité Nobel avait été contraint d’abandonner son projet d’honorer les travaux de Tesla et d’Edison face au refus affirmé d’un des deux ou peut-être des deux, de partager la réception du prestigieux prix. À ce jour on ignore ce qui peut être exact dans cette histoire, mais il reste certain qu’Edison et Tesla ne s’aimaient pas beaucoup.
Au cours de ses dernières années, Edison a plusieurs fois fait savoir qu’il regrettait de ne pas avoir eu plus de respect pour la personne et le travail de Tesla.

la tour de Wardenclyffe, dite « tour Tesla », construite en 1901 à Long Island dans le but de transmettre des communications transatlantiques sans fil et de transmettre de l’énergie à distance. Le lieu rappelle les laboratoires de savants fous des fictions populaires, et je suppose même qu’il a eu une influence sur ce type de lieu de fiction. Effrayés par les dépassements des coûts de construction, les investisseurs ont abandonné Tesla : au moment où cette carte a été éditée, la tour n’était plus utilisée. Elle a été abandonnée, puis détruite par l’armée américaine le 4 juillet 1917, car le gouvernement craignait qu’elle ne soit utilisée par les Allemands. Mais en 2012, plus d’un million de dollars ont été récoltés sur Internet par un auteur de bande dessinée, The Oatmeal, pour racheter le lieu et y fonder un Tesla Science center.

Lorsqu’Edison est mort, le 18 octobre 1931, Tesla a dit de lui qu’il n’avait pas de vie, pas de distraction5, qu’il n’avait pas la plus élémentaire forme d’hygiène et que sa méthode de travail était totalement inefficace, qu’il aurait eu dix fois moins de travail s’il avait eu recours à un peu de théorie et de calculs, mais il méprisait l’apprentissage par les livres et le savoir mathématique, ne se fiant qu’à son instinct d’inventeur et à son sens pratique américain.

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