1 Manipulation du Conseil de sécurité de l ONU au profit des USA

Publié le par Bernard Gasnot

Manipulation du Conseil de sécurité de l’ONU au profit des USA (1/2) le cas irakien


Les décisions du Conseil de Sécurité des Nations Unies sont décrites comme « la volonté de la communauté internationale », et son appui à un programme national confère à ledit programme une autorité morale. Pour cette raison, il est crucial de comprendre les tactiques par lesquelles l'indépendance du Conseil de sécurité de l'ONU est souvent usurpée, et les méthodes de coercition, d'intimidation et de corruption utilisées pour extorquer l'approbation des membres réticents du Conseil de sécurité, ou de ceux des membres farouchement opposés à une action en particulier.

Il y a vingt-deux ans, à la suite de l'adoption du Conseil de sécurité des Nations Unies de la Résolution 678, qui a autorisé l'utilisation de « tous les moyens nécessaires » pour mettre fin à l'invasion irakienne du Koweït, et "approuvé" le lancement de la première guerre du Golfe Persique soutenue par les Nations Unies, l'ancien procureur général des États-Unis, Ramsey Clark, qui avait été témoin des conséquences dévastatrices de la guerre de bombardements massifs de Bagdad, a déclaré que « Les Nations Unies, qui ont été créées 'afin de prévenir le fléau de la guerre', sont devenues un instrument de guerre. »

Depuis l'effondrement de l'Union soviétique, le Conseil de sécurité s'est trouvé en danger de devenir un instrument pour porter des coups politiques, utilisé dans le but de « légitimer » les aventures néo-impériale, et la réaffirmation de la domination occidentale sur d'anciens territoires coloniaux en Afrique, en Asie, et au Moyen-Orient. Depuis 1991, le Conseil de sécurité des Nations Unies a souvent été décrit comme "un bras du Pentagone", ou "une annexe du département d'Etat américain."

En 1990, seuls deux pays au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies s'opposent au passage de la Résolution 678, et quand le Yémen exprime son vote, l'ambassadeur américain menace effrontément : « Ce sera le vote le plus cher que vous ayez déjà exprimé », et le Etats-Unis coupent immédiatement l'aide de 70 millions de dollars au Yémen.

Plusieurs mois avant le vote, le 25 septembre 1990, M. Abou Hassan, ministre des Affaires étrangères de la Malaisie a déclaré devant le Conseil de sécurité :
« Nous ne pouvons pas ne pas nous sentir perturbés par cette course effrénée, par le remplacement d'une résolution par une autre dans les sept semaines. On peut se demander si le temps est donné à chaque résolution pour pouvoir prendre effet.

Allons-nous aussi vite pour rendre les sanctions efficaces, ou nous préparons-nous à une situation où nous devrons conclure que les sanctions ne sont pas efficaces et que d'autres mesures doivent donc être prises ? La Malaisie n'acceptera pas cette dernière solution. Nous n'acceptons pas que la guerre soit inévitable. La Malaisie croit que notre sentiment de malaise est partagé par beaucoup en dehors du Conseil et que le Conseil devrait faire le point sur le chemin qu'il prend.

La Malaisie, par principe, est opposée à la participation des forces armées des grandes puissances dans une région ... En tant que membre non-aligné et venant d'une région qui a été victime de batailles et de guerres menées par les armées des grandes puissances, nous craignons les conséquences d'une présence à long terme des forces militaires des grandes puissances. »

Le 25 septembre 1990, le ministre colombien des Affaires étrangères déclarait :
« Nous souhaitons avant tout appeler à la paix et à la réflexion ... nous sommes certains que toute confrontation militaire serait une tragédie que nous regretterions le reste de nos vies. » Le jour suivant, l'ambassadeur de Colombie a déclaré : « Nous espérions qu'un projet de résolution en ce sens pourrait être soumis au Conseil avec notre Co-parrainage dans les prochains jours. Le lendemain, nous avons soumis un projet de résolution, avec Cuba, la Malaisie et le Yémen, tenant compte des remarques faites par notre ministre des Affaires étrangères la veille. Mais la vérité est aussi que dès le lendemain toutes sortes de pressions ont commencé à être exercées pour nous amener à oublier notre texte ... Qui plus est, on nous a donné à comprendre que notre projet n'avait pas eu l'approbation du Secrétaire général. Cela ne s'est pas avéré être le cas ... La semaine dernière, afin d'arriver au texte final de ce qui est maintenant la résolution 674, des consultations intensives ont eu lieu qui nous ont laissés heurtés et frustrés et nous demandant de quelle façon fonctionne le Conseil de sécurité. Ma délégation ne porte pas de jugement sur ces procédures. Nous demandons à tout le monde ici de le faire, du fond de son âme, en gardant à l'esprit l'avenir de l'Organisation des Nations Unies et du monde, ce qui compte vraiment. »

Malgré la ferme opposition à l'action militaire exprimée par la Colombie et la Malaisie au cours des mois qui ont précédé le 16 janvier 1991, le secrétaire d'Etat James Baker était déterminé à forcer ces deux membres non permanents du Conseil de sécurité à soutenir la guerre, malgré leur point de vue. Baker a fait une visite éclair pour y arriver, et a dit au président colombien que son ambassadeur "devenait fou de ces initiatives de paix, et devait être arrêté". Ceci était accompagné par la menace habituelle de couper l'aide. Baker a poursuivi le ministre malaisien des Affaires étrangères à son hôtel à Tokyo, et a réussi à le forcer à inverser sa position et à voter en faveur d'une action militaire contre l'Irak. Encore une fois les mêmes tactiques ont été utilisées, encore une fois avec succès.

Pendant les semaines précédant le 15 janvier 1991, le Président de l'Algérie avait voyagé à travers le Moyen-Orient et discuté avec les dirigeants de Syrie, Egypte, Jordanie, Oman, d'Irak et d'Iran. Il avait également parlé à deux reprises avec le conseiller du roi Fahd d'Arabie saoudite. Des sources diplomatiques haut placées, accréditées auprès de

L’Organisation des Nations Unies, ont confirmé que les accords que le président algérien avait obtenu des dirigeants de chaque pays auraient conduit à une résolution pacifique du conflit en conformité avec les exigences de l'ONU. La dernière réunion devait avoir lieu avec le roi Fahd d'Arabie saoudite. Au dernier moment, le roi a refusé de rencontrer le président algérien, et lui a refusé un visa pour entrer en Arabie Saoudite, affirmant qu’ "il avait besoin de plus de temps". Selon une source diplomatique haut placée, "Washington ne voulait pas de cette rencontre."

Le 17 Janvier 1991, le président Bush déclarait que son but était la libération du Koweït, et non pas la conquête de l'Irak, affirmant en outre "nous sommes déterminés à assommer le potentiel d'armes nucléaires de Saddam Hussein. Nous allons aussi détruire ses installations d'armes chimiques". En faisant ceci, les Etats-Unis se plaçaient eux-mêmes en violation d'une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU (A/C.1/45/L.38) "interdisant les attaques contre les installations nucléaires". Les tentatives d'appliquer cette résolution ont été contrées par les menaces des Etats-Unis et des autorités égyptiennes pour que ces efforts soient abandonnés.

L'article 22 de la Convention de La Haye déclare expressément illégale l'utilisation de "tous les moyens nécessaires". La résolution 678 viole également les articles 25 et 27 de la Convention de La Haye, et viole les articles 1, 2a, 2b et l'article III c de la Convention d'interdiction des génocides. L'enquêteur des Nations Unies Martti Ahtisaari a révélé que les bombardements de la coalition avaient causé "des dégâts quasi-apocalyptiques, détruisant les infrastructures économiques nécessaires à la vie humaine en Irak", avertissant que "le peuple irakien pourrait bientôt faire face à une nouvelle catastrophe imminente, qui pourrait comprendre épidémies et famines, si un soutien massif aux besoins vitaux n'est fourni."

Le rapport du 15 Juillet de la mission humanitaire des Nations Unies à l'Irak, présenté par Sadruddin Aga Khan, stipule que : « Le lendemain de la guerre du golfe Persique de janvier et février 1991, se présentait à la communauté internationale un spectacle convaincant de souffrance et de dévastation. Les conséquences tragiques du conflit, la perte incalculable de vies et les destructions, ont été aggravés par des déplacements massifs de populations mal préparées, par les catastrophes écologiques d'une ampleur sans précédent, par l'effondrement des structures vitales des sociétés humaines actuelles. Il est évident que pour un grand nombre de gens en Irak, chaque mois qui passe les rapproche du bord de la calamité. Comme d'habitude, ce sont les pauvres, les enfants, les veuves et les personnes âgées, les plus vulnérables parmi la population, qui sont les premiers à souffrir."

L'échec de l'administration de George W. Bush d'obtenir du Conseil de sécurité des Nations Unies un soutien à "Shock and Awe", attaque par bombardement de l'Irak en 2003, a sérieusement ébranlé la crédibilité et le moral de l'opération, et a affaibli la popularité de Bush au point où il devint l'objet de ridicule et sa "mission accomplie" raillée ; ce fut une partie du résultat visible et désastreux de cette guerre, et l'exposition des mensonges utilisés pour justifier la guerre est devenu un facteur majeur dans la campagne présidentielle réussie de Barack Obama.

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