POURQUOI DAECH PROSPÈRE GRÂCE À LA FRANCE

Publié le par Bernard Gasnot

Son existence fait dire à des dirigeants français que la troisième guerre mondiale est commencée. Le groupe djihadiste très organisé dirige de larges régions d’Irak et de Syrie, où il tient tête à une coalition militaire de vingt-deux pays occidentaux et arabes.

La déstabilisation de la Syrie par la France et l’OTAN

Déclenchée début 2011, la guerre en Syrie n’a rien de « civile ». Si elle rebondit sur un mouvement social réel, Il est aujourd’hui établi que ces groupes, dans leur création et leur développement, ont bénéficié du soutien sans faille de l’OTAN et des forces spéciales des Etats-Unis.

Armée syrienne libre (ASL) est constituée de groupes extrêmement hétérogènes, pour beaucoup composés de mercenaires étrangers, et n’entraîne dans la population syrienne aucune adhésion massive. Présentée longtemps comme principale force rebelle, l’ASL est en fait largement surpassée par le Front al-Nosra, entité d’Al-Qaïda l’OTAN s’appuie indirectement sur les mouvements djihadistes pour faire tomber l’Etat baas. le soutien actif des Etats-Unis de la France et de l’OTAN leurs alliés, constituent une aubaine pour l’Etat islamique d’Irak

Leurs ressources

Ces ressources seront utilisées intelligemment par l’EIIL. Le solde mensuel des combattants irakiens et syriens montent à 400 dollars. Celui promis aux « mouhajiroun », les djihadistes venus d’Europe et du Maghreb, comporte une prime spéciale pour atteindre 1.100 dollars –ramenée depuis à 600.

Dépassant désormais en prestige Al-Qaïda, l’EI le surpasse également dans l’extrémisme de son interprétation de l’Islam.. En Libye, un rassemblement de groupes fondamentalistes rejoignent l’EI et forment trois provinces sous sa bannière en octobre 2014. Le mois suivant, le Wilayat Sinaï est constitué en Egypte. En mars 2015, le groupe nigérian Boko Haram – présent également au Cameroun, au Tchad et au Niger – prête lui aussi allégeance à al-Baghdadi.

La France reste focalisée sur sa volonté d’intervenir contre Bachar El-Assad. François Hollande et Laurent Fabius tiennent particulièrement à cœur leur nouveau rôle de petit caporal de l’OTAN, et diabolisent le régime syrien plus que jamais. Particulièrement silencieux sur les droits de l’Homme au Qatar, en Arabie Saoudite ou en Egypte

L’attitude extrême opérée par la France, qui refuse encore aujourd’hui de reprendre tout contact diplomatique avec Damas, apporte un soutien objectif à l’Etat islamique. N’oublions pas que ce dernier se fort de recruter massivement des jeunes Européens – selon les estimations des USA, la moitié des 30.000 combattants de l’EI en septembre dernier étaient d’origine maghrébine ou européenne. Le régime d’El-Assad a été tellement diabolisé par nos dirigeants et nos médias, souvent à tort, que la propagande de l’Etat islamique fonctionne fabuleusement bien dans l’hexagone. Mais l’image donnée par nos élites au régime syrien n’est pas la seule raison.

Le recrutement, pierre angulaire de l’EI

L’EI prospère sur une posture anti-impérialiste, ciblant l’Occident et son mode de vie comme des injures à l’Islam et, par extension, à l’Homme. Sa propagande est d’autant plus efficace qu’elle s’appuie sur une forme moderne, entre production audiovisuelle à la production soignée – dont des reportages avec des journalistes occidentaux capturés, comme John Cantlie – et forte présence sur Internet. Outre les réseaux sociaux, le groupe se fait remarquer par le « piratage » de nombreux sites et médias, dont TV5 Monde qui arborait sur son compte Twitter, le temps de sa prise de contrôle par les djihadistes, un logo « je suis IS » – détournement du « je suis Charlie » avec « IS », acronyme anglais pour EI.

L’Etat islamique, tenant sa position de premier opposant au diabolique El-Assad et d’organisation qui tient tête à l’injuste Occident, enregistre donc de nombreuses adhésions en France. En juillet 2014, selon un sondage réalisé dans l’hexagone, 3% des personnes interrogées déclarent avoir une opinion très favorable de l’EI et 13% assez favorable, pour 62% d’opinion défavorable et 23% qui ne connaissent pas le groupe. A titre indicatif, le même sondage réalisé en même temps en Allemagne montre 0% de très favorable et 2% d’assez favorable. La condition des musulmans de France, l’intolérance de l’Etat qu’ils subissent, ne sont pas étrangères à un tel résultat.

Si des centaines de musulmans, d’origine immigrée ou non, en arrivent à prendre le chemin de la Syrie pour honorer le djihad – ou le djihad sexuel en ce qui concerne les filles – c’est autant en raison de la propagande de l’Etat islamique que de leur perception, en France, des injustices. Le recrutement se fait par Internet, peut-être via des imams proches des monarchies pétrolières et d’autres formes rigoristes du sunnisme. Si la propagande est le fruit d’un long travail sur les mentalités, le ralliement à un tel groupe présente des raisons sociales dans l’hexagone. La surreprésentation de la France dans la coalition internationale est d’ailleurs un bon moyen pour focaliser l’attention sur l’opposition de notre pays à l’EI. En réalité, si l’Etat français s’attaque bien aux conséquences dramatiques de la présence de Daech, c’est pour mieux dissimuler sa responsabilité réelle dans les causes de sa naissance – et, notamment, son fournissement massif en combattants. L’EI prospère, avant tout, sur les injustices et les mensonges de notre propre pays – et tant que ceux-ci se poursuivront, l’organisation djihadiste aura de beaux jours devant elle.

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